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LaDouce au pays des Merveilles

Déambulations d'une tendre curieuse

Te sentir me déguster et vibrer…

J’aime être sur cette table, déjà offerte et si bien accompagnée. Je suis installée voluptueusement sur une planche de bois. Une belle planche. Lisse, sans échardes, au bois chaud et roux comme j’aime. Je suis un brin plus large qu’elle mais mes courbes épousent ses contours, se délectent de ce soutien puissant et ferme à la fois. Force et Amour. Masculin. Féminin. Intemporalité. Sensualité.

Des noix se sont installées près de nous deux. De belles noix rondes, goûteuses, fraiches. Il faudra à mon Maître toute sa patience et sa dextérité pour introduire puissamment son couteau dans leurs fentes. Les pénétrer… Les ouvrir avec force. Savourer leurs petits craquements pour, enfin, les avaler à peine mâchées.

Je fonds lorsque je le vois fermer les yeux et savourer les cerneaux fermes et infiniment délicieux.

C’est fou comme mon Maître est organisé. Je n’ai jamais vu homme si calme lorsqu’il se prépare à diner. Poser les victuailles sur la table, sortir une bonne bouteille de vin. Photographier sous tous les angles ce repas et tenter, toujours en vain, de le montrer au monde entier sur son compte instagram. Mon Maître est ainsi: il a envie de montrer à ses proches qu’il sait se nourrir seul malgré ses 90 ans mais il est incapable d’utiliser son téléphone.

Instagram attendra: il est l’heure de manger et de boire!

Mon Maître me stabilise de sa main droite. Je ne respire plus, ne tremble pas. Je suis offerte au couteau de cet homme qui va me déguster. Je l’ai vu couper avant moi son pain de campagne à la mie aérée et à la croute craquante. Je l’ai observé ouvrir une par une les noix qui se trouvaient près de moi. Ses lèvres ont bu le précieux vin rouge qui trônait fièrement en bout de table.

Je sais mieux que quiconque ressentir le plaisir que mon Maître a eu en laissant la liqueur chauffer sa gorge et allumer son sang, son corps.

Je sais combien nous accueillir en lui le rend heureux, ravive la joie de ses jeunes années.

Je l’aime mon Maître: malgré notre différence d’âge, nos mondes si éloignés, nos trop rares moments d’intimité.

Si vous saviez comme j’aime sa rigueur, son envie de bien faire, son plaisir, ses yeux qui se ferment quand il mange, sa langue qui s’agite dans son palais quand il boit. Mon Maître a des mains rugueuses de fils de paysans à la poigne encore remarquable. Lorsqu’il me caresse, me tient entre ses doigts, m’approche de sa bouche, je ne suis que désir.

Je suis sa dernière offrande du jour, sa plus belle. Sa plus pure. Celle qui fond déjà de plaisir. Celle qui attend tout de Lui.

Mon Maître sourit: « Viens par là ma belle que je t’embrasse! ».

Sa bouche épouse les contours du bout de moi qu’il a coupé avant. Ses dents me croquent. Sa salive inonde ma chair qui meurt sous ses assauts. Je suis la plus heureuse, je m’éteins pour rester à jamais sienne, broyée, digérée, assimilée, unie à mon Maître au-delà de ma courte existence…

Demain nous danserons à nouveau ce ballet de chair. Je suis jeune encore, mes saveurs vont se développer avec le temps. Mon odeur va s’affirmer…

Sait-il seulement que ce parfum n’existe que pour le faire me choisir plutôt qu’une pâte molle? Saura-t-il un jour combien je l’aime et le désire chaque jour un peu plus?

Douce nuit mon Amour. J’attends déjà demain avec force, ivre de ce plaisir à venir que toi seul sait m’offrir….

 

Pour CG avec toute ma gratitude pour ces moments partagés.

Contrainte d’écriture: placer dans l’ordre ces mots: noix, organiser, vin, envie, manger, boire, rire, embrasser (cela fait le mois de NOVEMBRE).

Le texte doit aussi illustrer une photo d’une table avec des noix, du pain, du comté et du vin.

 

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Ode à mon cœur de glace, de fonte, minuscule ou trop grand…

Des mots. Des mots qui sautent dans ma gorge, dans mes seins, dans mes veines. Des mots furieux qui veulent sortir, ne plus mentir. Des mots.

Des mots d’amour, des mots de haine, des cris de haine. Des cris.

Des cris d’une colère fracassante qui veut tout dégommer. Des cris d’une douleur qui me dévore de l’intérieur.

Hurler.

Je ne peux pas.

Je ne veux pas.

Et pourtant…

Mon cœur de la taille d’une tête d’épingle gronde. Il grossit et fait fonde les kilos de fonte qui le retenaient prisonnier depuis des mois.

Ce cœur qui saigne est furieux. Il grossit. Grossit. Prend tout l’espace qu’il peut. Le métal qui se consume me brûle de l’intérieur. La douleur est si forte que je ne me plains plus. Je ne suis qu’effroi. Peur absolue. Celle que je recherche parfois.

Le cœur volcan est en proie à des distorsions infinies. Chaos partout. Je ne respire presque plus.

Des images de femmes et d’hommes m’apparaissent. Des bouches, des spermes aux saveurs variées, des sexes puissants ou flasques se rappellent à mon corps. Ma bouche, à nouveau, se gorge de langues, de salives, d’audace. Je redeviens cette femme qui attrape ta chemise et te désire ardemment. Je fais ressurgir la créature de désir aux yeux de sirène antique…

Mon corps, de l’extérieur, se gorge de ces plaisirs passés délicieux. Une goutte de sueur glisse entre mes reins bientôt suivie de mes fluides intimes aux odeurs démoniaques pour lui, pour toi, pour  cet autre et pour toi aussi très prochainement.

Je bave. Tête en arrière, yeux révulsés, plaisir qui fait frissonner ma peau. Grain de velours sur mes seins, mes fesses, mon cou que tu apprends à étrangler aussi bien que ce petit homme ou ce grand lion.

 

Pause.

Bruits de respiration anormalement sifflants.

Corps épileptique qui se tord.

Visage d’une mourante.

Ailleurs.

Déjà.

Pause.

Silence.

Calme après la tempête.

 

Mon cœur a enfin repris sa taille normale. Une taille normale pour moi. Absolument excessif pour toi qui appelle amie toute femme qui se glisse dans tes cordes et dans ton lit… Incompréhensif pour toi qui appelle passion un simple sourire. Quand tu me dis je t’aime tu es heureux. Quand je te dis je t’aime je suis le ciel, l’eau, la lumière, la Vie , l’Absolu au-delà de toi et moi. J’avais enfermé mon cœur trop lourd  pour me protéger. Te protéger aussi. Parce que j’aime comme personne, parce que je désire sauvagement comme nulle autre aussi. Mais voilà ce cœur ne veut pas de prisons. Il préfère ne plus t’aimer et se tourner vers d’autres sources à savourer: le Savoir, les Dieux, la Nature, le Plaisir sans fin. A défaut de l’enchainer je dois le laisser s’exprimer ailleurs. Déverser ce toujours « trop » autre part. Loin de toi, de lui, d’elle, de vous.

Ne pas fuir. Ne plus s’enfermer. Juste offrir. Mais à d’autres.

Offrir aux âmes, à l’esprit, au courage.

Mais plus aux hommes.

Plus aux femmes.

Probablement encore aux animaux…

Paix.

 

Mon cœur bat plus fort, plus vite que tous les vôtres réunis mais il a retrouvé sa taille normale. Il a juste changé d’objets de dévotion. Il peut s’exprimer, s’étendre, se sublimer.

Il bat ce matin dans cette photo aux lumières dorées, dans ce livre de socio, contre le corps chaud de ce chien qui s’offre lui aussi.

Coeur qui bat quand ce corps danse, quand ces courbes s’offrent. Coeur offert au renard du début de nuit.

 

Les mots se taisent. Les pleurs lavent les fureurs. La tempête se retire.

Marcher en flottant. Nager dans les nuages. S’ouvrir à l’infini.

Ne plus tout ressentir. L’accepter. Le rechercher.

Je vous ai aimés comme personne, désirés comme un monstre de sensualité.

Permettez qu’aujourd’hui je m’offre la liberté de ne plus jamais vous côtoyer.

 

Ou alors juste un peu, parfois, en amis.

Juste quelques nuits pour vous entendre dire que je suis votre seconde vie.

Juste un peu encore.

Un tout petit peu , encore.

Douce nuit.

Je vais écrire vos mots d’amour, vos promesses qui fondent au petit jour.

Je pars vous inscrire dans la grande histoire.

Faire disparaitre l’éphémère pour vous immortaliser.

 

Douce nuit.

Je veux dormir.

Rêver.

Espérer.

Guérir mes plaies béantes.

Etouffer mes cris d’amour.

Croire en l’amitié des femmes aussi.

Etouffer mes cris d’amour.

Guérir mes plaies béantes.

Espérer.

Rêver.

Je veux dormir.

Douce nuit.

 

Je ne dors plus depuis si longtemps que mon visage cerné n’effraie plus les vivants.

 

Laissez moi transiter

encore un peu.

 

Dans vos univers.

 

Avant de rejoindre

le paisible

et tant attendu

grand Hiver…

 

Je suis Jeanne Hébuterne d’Olivia Elkaim

Second roman lu pour le Prix du Meilleur Roman des éditions Points.

La jeune Jeanne Hébuterne tombe amoureuse d’Amedeo Modigliani en décembre 2016. Deux univers, deux sensibilités, deux façons d’aimer.

Une seule douleur. Celle de cette toute jeune femme qui ne saura pas taire ses sentiments pour cet homme aux multiples partenaires et à l’alcoolisme dévastateur.

L’écriture en mode journal intime m’a beaucoup plu. Je me suis mise à la place de cette enfant esclave de ses sentiments. Je me suis vue il y a quelques années. Cela m’a troublée et dérangée. Du coup une part de moi a détesté cette jeune femme qui au lieu de quitter cet homme va s’accrocher à son image.

Lorsque je lis un ouvrage je veux vibrer avec les personnages et non ressentir de la colère contre eux. Jeanne me donne envie de la secouer et Amedeo me met en colère. Je les ai rapidement supportés au lieu de m’y attacher.

Pour les aimer plus il m’aurait fallu moins de tortures morales, moins de sentiments exacerbés ou froids. J’aurais voulu entrer dans ce monde de la nuit, des artistes, de la peinture de ces années torturées par la grande guerre. Dans ce livre il me manque l’Art et l’Histoire.

J’ai aimé le style, le sujet mais pas la façon de le traiter ni les personnages.

J’ai néanmoins passé un moment plaisant qui m’a donné envie d’aller en apprendre un peu plus sur cette jeune femme et son maitre.

Rapports du troisième type. Galan Dorgia, Léon de Griffes, Jean-Baptiste Messier, Niko, Clarissa Rivière.

Ce mois-ci je dévore plein de livres. Du coup j’ai envie de vous les commenter. Belle lecture!

La merveilleuse Clarissa Rivière m’a proposé de lire cet ouvrage de science fiction érotique. M’intéressant de plus en plus à la sf depuis ma nouvelle écrite pour l’atelier des Mots en mars, et adorant la littérature érotique, le challenge me plaisait bien.

Cet ouvrage est un pur régal. Des nouvelles rondement menées, des personnages auxquels on s’attache, des scènes sensuelles qui ont provoqué chez moi des suées jusqu’au bout des mollets dans le métro, tout y est.

Léon de Griffes m’a encore charmée par son style si précis et naturel. Je l’avais lu avec plaisir quand je faisais partie du jury B-Sensory , le relire a été un vrai plaisir. Son aventure dans le temps avec Elisa, sa grand-mère, est déroutante et absolument délicieuse.

Clarissa Rivière nous emmène ensuite dans le futur en compagnie d’une fascinante Sofia qui teste avec délice les prouesses de son robot sensuel. Son texte m’a séduite car on y sent toute sa sensibilité de femme offerte aux caresses d’un partenaire attentionné.

Galan Dorgia enchaine ce recueil avec sa fleur que j’ai trouvé fabuleuse. Des dialogues bien menés, une intrigue agréable avec une fin surprenante, voilà ce qu’il me fallait pour couler dans le métro! Sa femme fleur a réveillé mon goût pour les pieuvres et autres bestioles aux tentacules somptueusement sensuelles. Il faudra un jour que j’écrive sur ce fétichisme. Un article personnel et un texte sensuel… J’ai adoré ses descriptions sensuelles et les trouvailles fantastiques qu’il égrène de-ci de-là. Merci Galan Dorgia, c’est mon texte chouchou de ce recueil.

Le texte de Niko est rondement mené et plein de rebondissements. Il séduira de nombreux lecteurs même si pour moi qui suis novice en littérature de science-fiction il est un poil trop futuriste. Ses personnages sont sympathiques mais on aurait pu attendre encore plus de sensualité. Un auteur que je ne connaissais pas et qu’il me tarde de retrouver ici ou là.

Vision nocturne de Jean-Baptiste Messier conjugue intrigue policière, sensualité et futurisme. Réussir à mêler tout cela en moins de dix pages est incroyable. Une jolie découverte et un personnage fort dont on s’attache.

Galan Dorgia revient alors dans un huis clos fascinant. Son « habit ne fait pas la bonne sœur » est un pur fantasme futuriste bien agréable à lire. Il m’a donné envie de me resservir avec délice de mon gode ceinture (rires). Je ne vous en dis pas plus, allez donc lire ce texte.

Expériences de Clarissa Rivière me fait partager avec cette auteure mon fétichisme des pieuvres et autres bestioles aux bras multiples et aux bouches aspirantes. L’histoire est bien menée, les scènes sensuelles torrides. On reste sur notre faim sensuelle: on veut la suite de cette union entre une jeune humaine et une créature incroyable aux multiples attributs!

L’homme qui les voulait toutes à genoux de Léon de Griffes finit en beauté ce recueil. Son immoralité délicieuse, sa sensualité torride font passer le scénario et les personnages en second plan ce qui est agréable. Ce n’est pas le texte que je préfère de ce talentueux auteur mais il termine agréablement ce recueil charmant.

J’ai passé une délicieuse heure avec ces auteurs et leurs univers fabuleux. Hâte de savoir si ces nouvelles vous ont également captivés.

 

Matilda

Explosion de joie dans son cœur, Matilda découvre le corps de ballet de sa nouvelle compagnie. Sa main s’ancre à la barre. Battements, fouettés, arabesques, on ne devient pas ballerine en portant juste un tutu.

Une musique, un brin désespérée, retentit. De ce chant montent des cris. Terribles. Inhumains. Des cris d’oubliés, de cette part de l’humanité qui, la nuit, s’amuse à mener les GPS des voitures dans les bois…

Plus d’amers ni de boussoles, plus de carrefours ni de villes, le nord a disparu, le labyrinthe des enfers trace une nouvelle route.

Les pieds en-dedans, le petit rat danse. Ses chaussons la conduisent là vers une glissade, là-bas vers un jeté. Une bonne danseuse doit savoir bouger, sauter, ne pas se laisser disperser par ses sentiments ou ses pensées pendant ses entrainements. Matilda le sait et reprend ses enchainements.

Le mouvement entraine la jeune fille dans des brumes qui l’enserrent. Son âme est subitement envahie par ces nuées de cris désespérés qui, de nouveau, retentissent. « Chantez, chantez sinon nous sommes éteints ».

Matilda hurle. Arrêt de la musique. Un chien crie dans la cour.

Trouver les vestiaires. Allumer toutes les lumières. Vite!!!!!

Matilda se regarde dans le miroir. Teint blême. Cernes anormalement profondes. Le sol se dérobe. Une pente vertigineuse la fait chavirer. Il va falloir danser pour gagner plus que son pain, pour sa survie, pour retrouver sa liberté.

Le public de morts vivants qui l’entoure ne survivra pas à l’explosion de ses sentiments. Matilda le sent. Il va falloir gagner la partie. Etre un réceptacle aux émotions humaines pour combattre ces cadavres à peine ressuscités.

Ne plus réfléchir. Ne pas recopier telle ou telle variation d’examen final. Ne plus même s’accrocher aux notes d’une musique appréciée. Matilda vogue seule désormais. Ne plus chercher le beau mouvement. Ne pas chercher à produire, à faire, mais Etre. Respirer le langage des corps. Habiter la Vie.

Matilda danse. Sa vie en dépend. Nul ne peut encore prédire si ses arabesques la sauveront.

A bout de souffle, presque totalement découragée, la sensualité de son professeur de Tango lui revient en tête.

Elle sourit.

Elle sait à cet instant qu’elle va survivre et prononce avec force et calme la phrase que ces démons n’attendaient pas: » Souriez, souriez sinon nous sommes détruits ».

Claquement de fouet. Bouche affreuse d’un chat gigantesque et grotesque qui avale les créatures affreuses.

Poussière rose. Bruit des vagues. Des oiseaux chantent.

Demain Matilda se réveillera dans son grand lit, prête à conquérir le monde et à répondre à la drague sympathique de son professeur de Tango. Cet homme qui , sans le savoir encore, l’a sauvée de la déroute avec cette phrase énigmatique. Une phrase qu’il a accrochée dans sa salle du fond de cour.

Comme le petit Poucet, laissons nos dents abandonnées au vent  et notre argent perdu aux marées. La Vie est ailleurs. Elle réside dans les cœurs qui n’oublient pas qu’il faut chanter pour ne pas s’éteindre, sourire pour ne pas être détruit et danser pour ne plus être perdus…

 

L’avancée de la nuit de Jakuta Alikavazovic

Je fais partie du jury pour le Prix du Meilleur Roman aux éditions Points. Je vais recevoir quatorze livres que je vais commenter. En mai, mes trente-neuf partenaires et moi-même, désignerons le grand gagnant de l’année.

Une superbe aventure que je savoure déjà.

L’avancée de la nuit ne m’a pas du tout séduite. Je vais tenter de vous expliquer pourquoi.

L’histoire est prometteuse pourtant. Paul, étudiant le jour et veilleur dans un hôtel la nuit, tombe amoureux d’Amélia, riche héritière mystérieuse.

Le livre nous fait voyager dans la vie de sa mère, la troublante Nadia Dehr disparue à Sarajevo autrefois. Paul et Amélia s’aiment, se quittent, se retrouvent, donnent naissance à la petite Louise. Paul, Amélia, Louise, Nadia sont, avec les villes et leurs architectures de la peur, les centres d’intérêt de la troublante professeure et amie Albers.

Tous ces personnages devraient fonctionner et pourtant. Non. Rien n’y fait. Le texte est pesant, illisible par endroit. Pas de dialogue. Pas de vie. Juste un incroyable ennui.

Aucun personnage ne me plait. L’histoire en elle-même ne m’intéresse pas. L’écriture me déplait prodigieusement.

J’ai mis plus d’un mois pour avaler 278 pages! Jamais plus de 20 pages d’affilée. Un livre qui me tombe des mains. Incroyable.

Je ne recommande pas ce texte mais il m’a mise un instant dans la peau de ces adolescents qui me disent ne pas aimer lire: parce que les personnages sont sans saveur, parce que l’histoire est incompréhensible, parce que le style est plombant. En cela ce livre est une réussite: je comprends enfin mes enfants…

Les prénoms épicènes d’Amélie Nothomb

Amélie Nothomb je n’ai jamais réussi à la lire. Chaque fois que je commençais un de ses ouvrages, il me tombait des mains. La faute à Nulle part ailleurs autrefois lorsqu’adolescente, je l’ai vue manger du fromage grouillant de vers et autres bestioles bizarres.

Depuis j’écoute des bouts d’interview entre fascination pour la romancière et hostilité envers son personnage excessif et lassant (parler des visions des corneilles me gonfle prodigieusement).

Petite histoire du jour…

Ce matin je pleure la fin douce de cinq jolies romances avec des hommes attachants. Je pleure la rupture définitive avec cet homme que je n’ai jamais appelé papa. J’hurle contre cet homme avec qui je m’enterre depuis 23 ans. Je m’en veux de ne pas réussir à écrire tout ce que je souhaite. Je rouspète contre cette maison en désordre et ma vie de bohème. J’ai soudain peur de ne pas réussir ce parcours en fac de socio dans quelques mois. Le boulot me bouffe et reprendre à plein temps après douze ans de temps partiel me parait suicidaire. Mes kilos en trop m’horripilent. Je n’arrive pas à terminer ce roman affreux. Mon salon ressemble à un bazar de bouquinistes! Bref je sature de tout.

Je pleure une petite heure, annule la matinée avec ma chère So qui comprend. Merci à toi au passage de me laisser m’isoler quand je souffre trop.

Et puis je pars chercher ce bouquin chez ma libraire et je le lis d’une traite.

Et je l’aime.

Et il ne me tombe pas des mains.

Il me réconcilie même avec cette puissance sacrée qu’est la sororité.

Résumé de cette heure et huit minutes de détente absolue.

Dominique tombe sous le charme de Claude. Elle s’enferme dans un Paris aisé où elle élève avec amour leur unique enfant Epicène, une enfant sensible et douée.

Le hasard, qui n’en est pas vraiment un, lui fera découvrir le vrai visage de sa fille, le monstrueux de son mari et lui permettra de naitre enfin à ce monde.

D’une femme enfant ballotée elle deviendra une femme forte entourée de ses parents bienveillants, de sa fille sublimée et de Reine, une amie fascinante et troublante.

Pas de véritable provocation dans ce roman. Une intrigue qui se laisse deviner. Des dialogues exquis et des personnages auxquels on s’attache. J’ai aimé ce livre.

Petit plus non négligeable: j’aime les hommes, j’apprécie les femmes. Amélie Nothomb a réussi l’exploit de réveiller ma sororité et cela m’a fait un bien fou.

Petit bonus: si comme moi vous adorez lire des textes à haute voix, sachez qu’en un peu moins de deux heures quarante cinq ce livre fera le délice de vos compagnons des bois (spéciale dédicace à qui sait).

Belle lecture!

 

Folie

Ma main entre mes cuisses je t’abreuve de ma source.

Supplice ou délice?

Seuls les escalators savent…

 

Mon cul offert à ta violence sur ce lit défoncé un matin où je te montais.

Rires ou conflit?

Seule ta chatte saura nous le dire…

 

Toi, vieux, dans une rizière, la cope au bec.

Vision de notre avenir ou fin de mes souvenirs?

Ta balançoire s’envoie en l’air en se foutant royalement de la réponse.

 

Don Quichotte impossible à comprendre dans ta langue.

Envie passagère ou départ pour une autre vie?

Dracula s’inquiète déjà…

 

Ta queue qui bande à ma voix.

Magie ou ressenti?

Mesmer ne sait pas.

 

Disparaitre et t’obéir.

Possible ou échec annoncé?

 

Vivre morte ou mourir en vie.

A-t-on le choix?

Songe à la douceur de Clémentine Beauvais

Troisième livre de la sélection pour le Prix du Meilleur Roman des éditions Points.

Songe à la douceur est une jolie balade dans un couple d’adolescents devenus grands. Tatiana et Eugène sont à peine sortis de l’enfance quand ils se rencontrent pour la première fois. Lui est charmant et déjà lassé de la vie, elle n’est que fraicheur et optimisme.

Eugène se moque de Tatiana, de leur ami commun Lensky, de la mort, des larmes et de la vie. Tatiana souffre et leurs chemins se séparent.

Dix ans après la vie les rattrape. Peut-on s’aimer dix ans après avoir tout gâché? Peut-on survivre au deuil de son enfance, de ses illusions, de son ami…

J’ai aimé Tatiana et Eugène adolescents, je n’ai pas aimé Eugène adulte. Tatiana m’a émue en jeune femme brillante d’aujourd’hui.

Ces personnages m’ont emmenée doucement dans leur univers. Leur histoire d’amour ne sera pas ma préférée de la littérature et je l’oublierai probablement rapidement, mais elle a le mérite d’exister.

Je trouve par contre dommage que Clémentine Beauvais nous refabrique un « Eugène Onéguine » à la sauce 2018. Cette auteure sait parfaitement se mettre à la place de ses personnages. C’est une agréable conteuse. J’avais adoré offrir à ma fille Les Petites Reines. Clémentine Beauvais aurait du nous conter son histoire. Nous offrir ses personnages. C’est un bémol important. Cette interprétation me donne néanmoins envie de lire l’ouvrage d’Alexandre Pouchkine et d’écouter l’opéra issu de cette histoire d’Igor Tchaïkovski.

Parlons maintenant de la forme de cet ouvrage. Personnellement je l’ai adoré. On vogue entre des dialogues, des textes à la typographie digne des plus beaux calligrammes et des narrations exquises. Loin de me perdre ce parti pris a boosté ma lecture. J’ai littéralement adoré.

Ce roman est très novateur, très dynamique, très agréable à lire. Un régal même si l’histoire et les personnages ne resteront pas forcément longtemps en mémoire.

Je vous encourage à lire ce livre qui est une véritable petite merveille.

Je croise les doigts pour que dans son prochain roman Clémentine Beauvais ose tout: des personnages stupéfiants, une histoire déroutante et un style envoûtant. Si, en plus, la typographie continue à me surprendre, j’aurai trouvé ma nouvelle auteure fétiche pour les années à venir (rires).

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