Les femmes parlent, les femmes osent, je les aime.

Les hommes écoutent, les choses avancent.

J’ai eu la désagréable sensation d’être un réceptacle à sperme  il y a peu et je ne le supporte pas. Venant de n’importe quel abruti attrapé sur adopte un queutard ça ne passe pas, venant d’un proche que j’affectionne c’est inimaginable! Cela pose indéniablement la question du corps de la femme comme objet sexuel et la nécessité brûlante de définir précisément ce que le couple en devenir souhaite…

L’homme en question me demande où j’en suis de ma vie sentimentale. Il connaît un peu ma vie depuis trois et demi que nous nous côtoyons et nous apprécions. Je lui annonce être calme et en recherche de l’homme avec qui construire une relation sensible et à long terme. Après cinq heures de sms complices et francs, nous convenons d’un rendez-vous.

Le hasard du calendrier fait que je passe le voir la veille du jour convenu, tard dans la nuit. Je me fais belle, hydrate ma peau épilée, tremble comme une ado, appelle au secours mes amies qui m’encouragent à le voir et me répètent que je mérite un homme de valeur à mes côtés. Je lui envoie un sms lui indiquant ma peur adolescente, on en rit. Le pire ce sera pour plus tard, pour le moment je savoure cette heureuse improvisation…

Que raconter d’autres…

Je suis rentrée à 3h45 chez moi, j’ai enchainé avec mon travail auprès d’humains. Et je n’ai eu aucun message.

Vous connaissez cette voix qui vous crie qu’il est comme les autres, un homme aimant soulager ses tensions sexuelles dans les trop gentilles qui passent par là? Vous la connaissez l’autre voix qui dit que non, pas lui. Qu’on ne peut pas me faire ça. Pas en ce moment. Pas un an pile poil avant une autre rupture qui ne s’est vraiment concrétisée que le premier aout? Pas après la mort de mon ami. Mort qui me réveille la nuit depuis plus d’un mois? Pas lui. Pas lui…

Cri et larmes.

« Désolé mais j’ai pensé à nous toute la journée ça ne va pas être possible ».

Moi je lui avais envoyé ça quelques heures plus tôt:

« Merci pour ces 3h30 qui sont passées trop vite. J’aime ta peau. J’aime ta bouche qui m’appelle encore. Je rêve de ton sexe dans mon corps. Je garde en mémoire sa forme au fond de ma gorge, à m’en étouffer, pour te combler et me faire frissonner.

Merci pour tes rires et tes yeux rieurs de gosse que je kiffe presque autant que ton sourire d’ange. Un ange qui sait serrer ma gorge à m’en faire jouir, un ange qui peut devenir démon sous les lumières rouges de notre désir…

Il ya deux moments inédits qui m’ont particulièrement séduite. Le premier a été de te sentir retirer mon élastique et relisser mes cheveux puis les tenir fermement. Je ne sais pas si tes autres femmes aimaient cela mais j’ai adoré ce geste et cette possession. C’était doux et fort à la fois, amical et sexuel aussi. Une jolie combinaison de sensations qu’il me tarde de mieux définir…

Le second moment a été lorsque tu t’es assis, épuisé, sur le canapé et que je me suis blottie en toi. C’était simple mais plein de joie et de complicité.

Pour finir ,merci pour cette jouissance incroyable de par sa puissance, son émotion. J’ai adoré sentir ton corps s’enfoncer en moi, tes jambes ne te soutenant plus tant tu prenais du plaisir. J’ai joui de te voir ainsi perdre pied et orgasmer.

Envie de te lire. Merci encore. »

 

On pourra rire de me voir si romantique, lyrique, complètement à côté de la plaque devant ce qui se trame. Dix-huit lignes enflammées (vive l’auteure de textes érotiques lol) contre une : voilà tout ce qui nous sépare.

Douche froide. Colère. Pleurs. Mes sms seront plein de ces sentiments que je déteste et que je ne contrôle pas encore. Il clôturera cet échange par « je coupe ».

Bref. Le désastre.

Il y a une chose qui pour moi est essentielle: à aucun moment je n’ai vu cet homme comme un jouet sexuel. A aucun moment je ne l’ai pris pour assouvir une pulsion. Je distingue l’amour du sexuel et j’adore jouer en club. Mais en club nos corps se partagent avec consentement et je ne cherche pas à connaître l’humain derrière une paire de seins ou un sexe fièrement dressé. Je recherche des bouches, des fluides, des orgasmes. Dans le respect des corps et des êtres. Avec consentement. Je déguste et je m’offre.

Hors de ce cadre j’aime être séduite, partager des instants verticaux avant de passer à l’horizontal si le cœur nous en dit, à mon ami et moi. Je pensais que le connaître depuis trois ans et demi me dispensait du fameux « ne couche surtout pas le premier soir » puisque justement pour moi ce n’était pas notre première soirée!!! Et puis quand tu annonces vouloir une belle histoire tu supposes que l’autre ne pense pas que tu es en mode séductrice d’un soir et après chacun reprend sa vie pépère!! Je ne comprends pas.  A quel moment je n’ai pas été claire sur mon envie de construire une relation longue durée, sympathique et sensuelle?

Comment un homme cultivé, agréable, connu depuis des années, qui sait que je recherche un homme pour une relation sérieuse, peut me « jeter » comme un mouchoir après utilisation! Parce que la société lui a appris qu’une femme libre est une pute. Que cette femme est utilisable encore plus que les autres. Que toute femme qui couche dès le premier soir est à jeter et que c’est mérité. Parce que les libertins sont finalement bien plus féministes que les gardiens municipaux ou les politiciens. (P.S: selon certains avis masculins: parce que tu es fantastiquement et « animalement » sensuelle. Rires. Oui j’aime le sexe mais je voulais clairement plus quand lui voulait déjà en rester là…).

Les vendeurs de yoghourt nous montrent des pubis pour nous faire acheter leur poison laitier, les commerciaux vendant des voitures nous proposent des pin-up à chaque salon de l’automobile. Des modèles se font harceler, deviennent anorexiques ou cèdent aux avances de leurs patrons « pour réussir ». Mon ami s’est juste servi des codes de nos sociétés pour m’user et me jeter. Je sais que ma colère ne durera pas et que je garderai vite de cette soirée le feu de nos corps et ses bras tendres autour de moi. Je sais aussi que nous reprendrons nos vies là où elles étaient et que nous resterons amis. Je ne sais pas ne pas oublier les mauvais moments. Plus encore, je ne sais pas gâcher une amitié…

Oui mais…

Oui mais aujourd’hui les femmes crient et se battent.  Leurs pères, leurs frères et leurs amants les soutiennent. Elles refusent de se faire tripoter dans le métro, elles refusent de se taire face au harcèlement. La parole se libère. Quand on est riche et belle on est évidemment plus écoutée que lorsque l’on est pauvre et prostituée. Le chemin est long mais il a du sens. Les suffragettes nous ont permis de voter dans nos pays, osons vivre en harmonie avec nos hommes. Merci aux actrices de mobiliser les médias, bravo aux féministes hommes et femmes de défendre une égalité qui n’existe absolument pas…(cf sur arte « les suffragettes, à la conquête des urnes disponible jusqu’au 2 avril).

Eduquons nos enfants, ils sont notre espoir pour les prochaines décennies, ce n’est pas rien. Les éditions Milan viennent de céder face à 150 000 signatures demandant le retrait d’un livre pour adolescents chosifiant le corps des demoiselles. Ces signatures ont été obtenues en 24 heures grace aux réseaux sociaux! (cf the nasty uterus, femmes et féministes insoumises et j’en oublie). Je n’ai pas signé cette pétition: la liberté de la presse est ma priorité. Néanmoins je me réjouis de sa non rééedition. Les tétons en érection d’une jeune fille y étaient par exemple montrés comme disgracieux et pouvant attirer les garçons. Je l’ai commandé à ma libraire pour en débattre avec mes enfants: fille et garçons ensemble, unis vers un enjeu sociétal de taille…. L’astuce proposée dans le livre pour « cache(r) ce sein que je ne saurais voir » était de mettre des tissus plus épais pour le camoufler… Si le corps des femmes étaient si excitants, les lesbiennes seraient de superbes violeuses. Et pourtant…

Aujourd’hui j’écoute la radio et j’entends des hommes hurler sur ces « chiennes » qui couchent librement alors que mes amies libertines se vivent heureuses en club et calmes dans la vie « réelle » par peur de représailles dans le monde du travail ou l’entourage familial. Tout le monde parle de liberté sexuelle mais on préfère encore une femme sans trop d’amants à une croqueuse d’hommes au moment de choisir celle qui deviendra la mère de joyeux enfants. Ma fille se fait reluquer au cours de natation par des ados qui regardent si elle a des « nichons » et des bonnes « fesses ». Je lui dis quoi? Ne fais pas attention ou au contraire compare donc leur taille de pectoraux et de sexe, ça leur parlera peut-être! Navrant.

Quand je ne veux pas être draguée dans le métro je sors un livre très sérieux et mes lunettes. Barrage obligatoire. Jamais de tenue sensuelle dans le métro. Jamais en famille non plus. Ne pas dévoiler mon décolleté, ne pas laisser apparaître mes bas. Quel homme se pose la question du sexy de son jean en sortant de chez lui? Aucun en tout cas pas dans ces termes. L’homme soignera son apparence mais ne craindra pas d’être violé parce que son jean laissait apparaître une raie des plus avenantes (rires, jaunes). Quelle femme oserait exiger une épilation intégrale à son homme s’il souhaite une fellation parce que « les poils c’est dégueulasse ». Aucune (Charlie Fortenis me suggère: certaines. Soit. Ce n’est toujours pas une demande habituelle chez une femme. De plus, a priori, elle ne serait pas exigée « contre » une pratique intime, mais je  me trompe peut-être). Et moi on me demande « si possible » de lisser mon sexe dont la toison abondante et douce « gêne ». Pas d’esthéticienne, pas de cuni. Cela pourrait être drôle si ce n’était pas catastrophique. Et que dire des insultes reçues par cette mannequin aux jambes poilues qui posait pour Adidas? Dommage que les hommes, hormis les cyclistes et autres curieux personnages (humour noir) ne s’épilent pas partout! Nos amies esthéticiennes pourraient voir leur niveau de vie bien augmenter!!!

Lucile, Chloé, Léa, Sarah et vous toutes adolescentes en pleine puissance, ne laissez pas faire ces hommes qui ne comprennent pas l’égalité, le respect et le faire ensemble. Qu’aucun homme ou femme ne critique votre beauté ou ose vous harceler parce que votre corps exprime une sensualité folle. Que personne ne puisse vous mettre sous cloche et vous utiliser comme objet de soulagement sexuel. Je croise les doigts pour que l’homme que vous voulez en ami intime de longues années ne vous jette pas au premier câlin pour des motifs mensongers qui cachent son utilisation de votre corps à des fins jouissives. Je ne veux pas que vous connaissiez mes colères et mes larmes, pas que vos maris vous pénètrent la nuit dans votre sommeil parce qu’une femme « ça sert à ça », pas que vous connaissiez cette zone grise qui s’active en cas d’agression non plus…(cf arte mardi 6 mars « sexe sans consentement »)

Mes puces parlez à vos hommes, parlez à vos femmes soyez vous même. Le respect, l’égalité, le consentement sont nécessaires. Il n’y a pas une sorte de sexualité mais il n’y a qu’une manière de grandir, hommes et femmes, tous unis: en se respectant en tant qu’humains. En acceptant la variété et en combattant les normes sclérosantes.

Je veux des bouches, des sexes, des seins d’humains, pas de pantins. Je veux choisir d’aimer sans désirer , de désirer sans aimer, de vibrer. Encore et encore. Toujours. Je ne sais pas désirer un corps sans ressentir l’humain mais si juste mêler vos corps vous suffit , pourquoi pas. Pour elle les corps ne vont qu’avec le cœur. Pour moi je peux différencier corps et cœur mais pas corps et humain. Elle peut ne désirer qu’un corps et accepte que l’autre interagisse de même. Tout est beau et bon si les protagonistes sont sur la même longueur d’onde. Tout est acceptable si un consentement mutuel est posé.

Mon corps est un royaume dont je détiens seule la clé. Messieurs, mesdames on va vous aider à intégrer cette vérité…

 

 

 

 

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